Oui, le roumain est bien une langue romane, descendante du latin comme le français, l’italien ou l’espagnol, même si la Roumanie est entourée de pays de langues slaves, hongroise ou grecque.
Pour un francophone, c’est une langue qui réserve des airs de famille, notamment dans le vocabulaire, et quelques surprises, à commencer par un article qui se colle à la fin du nom.
Voici de quoi décider si le roumain vaut votre temps, ce qu’il vous rappellera, ce qui vous déroutera et par où mettre le pied dedans.
Le roumain est-il vraiment une langue latine ?
Oui. D’après l’article « Roumain » de Wikipédia en français, 71,66 % du lexique roumain provient du latin, dont 30,33 % directement. Le reste de cette part passe par le latin savant et par les langues romanes occidentales. Autrement dit, la majorité des mots de la langue a une racine latine, comme en français.

Le roumain a pourtant eu une histoire mouvementée. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, il a reçu des apports slaves, grecs, hongrois et turcs.
Les invasions slaves ont par ailleurs réduit en partie l’élément romanisé dans les Balkans, ce que rappelle l’article « Romance languages » de Wikipédia en anglais. Le slave ancien pèse ainsi 9,18 % du lexique et le substrat thrace-dace, antérieur au latin, 0,96 %.
Le français, lui, est arrivé ensuite : il devient l’influence principale après le milieu du XIXe siècle, avant une vague d’anglicismes dans les années 1990.
Attention à la lecture de ce bloc : les pourcentages ne reposent pas sur la même base de calcul, il ne faut donc pas les additionner. Ils donnent des ordres de grandeur, pas une répartition qui tomberait juste à 100 %. Plusieurs méthodes existent, et les chiffres varient selon celle qu’on retient.
À retenir
Le roumain a 31 lettres, dont ă, â, î, ș et ț, et son article défini se colle à la fin du nom : băiat devient băiatul, « le garçon ».
Où parle-t-on roumain, et par combien de personnes ?
Le roumain est la seule langue officielle de la Roumanie. C’est aussi une langue officielle de l’Union européenne. En Moldavie, une modification de l’article 13 de la Constitution, le 2 mars 2023, a fixé le nom de la langue d’État : « roumain ».
En Transnistrie, on parle de « moldave », aux côtés du russe et de l’ukrainien. En Voïvodine, en Serbie, le roumain est d’usage officiel là où les roumanophones atteignent 15 % de la population. La Moldavie et la Transnistrie ne sont citées ici qu’à titre de faits datés, sans prise de position.
Côté chiffres, l’Union latine compte environ 28 millions de locuteurs, dont 24 millions de natifs et 4 millions de locuteurs en langue seconde. Ces nombres sont anciens et varient selon la méthode : une autre source secondaire, qui cite Ethnologue, annonce 23,6 millions pour le roumain, un écart qui s’explique en partie selon qu’on compte ou non les non-natifs.
Ces recensements datent de 2011 pour la Roumanie et de 2004 pour la Moldavie. Pour un chiffre récent, il faut se reporter à l’institut roumain de la statistique, qui a mené un recensement en 2021.
Ce qui sonne familier à un francophone
Le français représente 22,12 % du lexique actuel, selon la même page de Wikipédia : l’influence est massive depuis le XIXe siècle. En pratique, un francophone reconnaît beaucoup de mots d’un coup d’œil, même sans connaître la langue.
Le dictionnaire en ligne dexonline en donne un bon exemple avec salut : un nom neutre, qui désigne un mot, un énoncé ou un geste par lequel on salue. Il vient du français salut, du latin salus, -utis, et de l’italien saluto.
Autre mot, plus ancien : apă, l’eau. C’est un nom féminin, pluriel ape, venu du latin aqua. Si vous parlez espagnol, italien ou même français, le lien se devine, ce qui illustre la parenté de la famille romane.
Ce qui surprend : l’article collé au nom, les lettres à signes et le neutre
L’article se colle à la fin du nom
C’est la première curiosité. Les grammairiens parlent d’article défini enclitique : au lieu de passer devant, l’article se soude au nom. Băiat devient băiatul (« le garçon »), et fată devient fata (« la fille »).
Des lettres à signes
L’alphabet compte 31 lettres. Quatre d’entre elles sont à repérer tout de suite pour un francophone : ă, â et î, ainsi que ș et ț, avec une virgule sous la lettre.
Le î s’écrit en début et en fin de mot, le â à l’intérieur : les deux notent le même son. Bonne nouvelle : l’orthographe est phonétique à un degré comparable à celui de l’italien, d’après la page de Wikipédia citée plus haut. On écrit en gros ce qu’on prononce.
Un genre neutre et d’autres particularités
Le roumain a un genre neutre en plus du masculin et du féminin : un nom neutre se comporte comme un masculin au singulier et comme un féminin au pluriel.
Il garde aussi une déclinaison (un cas, le génitif-datif) et un mode « présomptif » propre au roumain parmi les langues romanes. Le passé composé se forme avec le verbe « avoir », comme en français.
Premiers mots à retenir
Trois mots, trois leçons. Apă montre l’héritage latin direct. Salut montre le passage par le français. Et mulțumesc, « merci », est une interjection qui sert à remercier ; elle sert aussi de première personne du présent du verbe mulțumi.
Le saviez-vous ?
Mulțumesc ne vient pas directement du latin. Selon le dictionnaire, son étymologie remonte à une formule de vœux, (la) mulți ani. Un mot roumain très courant n’est donc pas forcément latin.
Pour la formule de salutation qu’on dit à l’arrivée, mieux vaut la demander à un locuteur ou la contrôler dans le dictionnaire de l’Académie roumaine avant de l’écrire.
Faut-il apprendre le roumain, et pour quel projet ?
Tout dépend de ce que vous voulez en faire. Pour un voyage en Roumanie ou en Moldavie, quelques mots suffisent à créer du lien.
Pour une famille, un conjoint ou un ami roumanophone, la langue devient un vrai pont. Pour le travail, c’est une langue à apprendre avec un objectif précis, un domaine, un interlocuteur, plutôt que « en général ».
Sur la difficulté, aucune source fiable ne permet de dire que le roumain est plus facile ou plus difficile que l’espagnol ou l’italien.
Le seul repère chiffré est une proximité lexicale : environ 71 à 77 % avec les autres langues romanes selon Ethnologue, d’après la page « Lexical similarity » de Wikipédia en anglais, et 75 % avec le français. C’est un indice de ressemblance des mots, pas une mesure de l’effort à fournir.
Même constat pour la durée : on ne dispose d’aucune durée d’apprentissage sourcée pour un francophone. Le FSI, l’institut de formation américain, range le roumain en catégorie I, avec 24 à 30 semaines de cours (600 à 750 heures), mais cela concerne des anglophones. Retenez cette indication avec cette réserve.
Par où commencer ?
Commencez par l’oreille et la prononciation. Comme l’orthographe est phonétique, apprendre les cinq lettres à signes (ă, â, î, ș, ț) et les écouter prononcées par un locuteur est un excellent premier pas. Ensuite, apprenez les mots courants que vous reconnaissez déjà, puis habituez-vous à l’article collé au nom.
Des leçons gratuites existent, par exemple celles que IDEOZ propose en partenariat avec Radio Romania International. C’est un site de voyage et nous ne l’avons pas évalué : il s’agit d’une piste parmi d’autres, pas d’un classement.
Pour aller plus loin sur la famille des langues, le roumain y trouve naturellement sa place : c’est la langue romane qu’on oublie souvent, et qui rappelle que le latin a voyagé bien plus loin qu’on ne l’imagine.
Sources
- fr.wikipedia.org — Wikipédia en français — Roumain
- en.wikipedia.org — Wikipédia en anglais — Romance languages
- en.wikipedia.org — Wikipédia en anglais — Lexical similarity
- dexonline.ro — dexonline — apă
- dexonline.ro — dexonline — salut
- dexonline.ro — dexonline — mulțumesc
- voyages.ideoz.fr — IDEOZ — Apprendre le roumain, leçon 1









